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mercredi 4 février 2026

le cimetière c'est le paradis ! ...pour le généalogiste


Pourquoi les cimetières sont une vraie mine d'or pour les généalogistes  :

Quand on se lance dans la généalogie, on pense d’abord aux archives, aux registres paroissiaux et aux bases de données en ligne. Et pourtant… il suffit parfois de pousser la porte d’un cimetière pour faire de belles découvertes. Oui, les cimetières sont loin d’être de simples lieux de mémoire : ce sont de véritables archives à ciel ouvert.

Des indices sous nos yeux

En se promenant dans les allées, on trouve souvent bien plus que des noms et des dates. Les pierres tombales révèlent des liens familiaux, des professions, des origines géographiques, parfois même des petits morceaux de vie gravés dans la pierre. Autant d’indices précieux pour confirmer une branche ou débloquer une recherche qui stagnait.

Un excellent complément aux archives

Il m’est déjà arrivé de vérifier une date ou une filiation grâce à une tombe, alors que les registres étaient incomplets ou difficiles à consulter. Les cimetières sont particulièrement utiles pour les périodes récentes et les recherches locales. Et en plus, ils sont souvent accessibles librement.

En conclusion

Prendre le temps de visiter un cimetière, c’est ajouter une dimension très concrète et humaine à ses recherches généalogiques. Avec un peu d’observation — et beaucoup de respect — ces lieux silencieux peuvent devenir de précieux alliés pour reconstituer l’histoire de nos familles.

Monique Biau

dimanche 25 janvier 2026

L’ancêtre qui changeait d’âge plus vite que le temps

En généalogie, on apprend vite à se méfier des dates. Mais certains ancêtres semblent faire un pied de nez au calendrier… comme celui que j’ai rencontré au détour d’un registre.

Tout commence avec un arrière-arrière-grand-oncle parfaitement ordinaire. Acte de naissance trouvé sans difficulté, mariage repéré, enfants recensés. Un parcours presque trop simple pour être honnête. Jusqu’au jour où je consulte son acte de décès.

Là, surprise : l’homme est censé être mort à 92 ans.
Problème : d’après son acte de naissance, il n’en avait que 78.

Première réaction : j’ai mal lu. Deuxième réaction : le curé avait forcé sur le vin de messe. Troisième réaction (la bonne) : vérifier… encore et encore.

Je remonte les recensements. À chaque passage, mon ancêtre semble gagner de l’âge comme on accumule des points de fidélité :

  • 40 ans en 1872

  • 48 ans en 1876

  • 60 ans en 1881

Manifestement, le temps ne passait pas de la même façon pour lui que pour le reste de l’humanité.

Après plusieurs heures de recherches et quelques soupirs exaspérés, la vérité finit par apparaître. Il existait deux hommes portant exactement le même nom, nés à quelques années d’intervalle, dans deux communes voisines. Cousins éloignés, mêmes prénoms, même métier… et apparemment une passion commune pour embrouiller les généalogistes du XXIᵉ siècle.

Le clou du spectacle ?
J’avais fusionné leurs vies sans m’en rendre compte, créant un ancêtre hybride, capable de se marier deux fois la même année et d’avoir des enfants à un âge défiant toute biologie connue.

Depuis ce jour, je sais que si un ancêtre :

  • vit trop longtemps,

  • se marie partout,

  • ou travaille à 90 ans,

ce n’est pas un miracle… c’est une homonymie mal identifiée.

Moralité : en généalogie, quand quelque chose semble impossible, ce n’est pas l’Histoire qui délire… c’est nous.

Monique Biau

vendredi 16 janvier 2026

les généalogistes existent depuis le Moyen Age (env. l'an 475)

Avant l’époque moderne — et jusqu’au XIXᵉ siècle — plusieurs types d’acteurs pouvaient établir les arbres généalogiques de la noblesse, chacun avec des intérêts différents

Voici les principaux :

1. Les hérauts d’armes et rois d’armes (Moyen Âge – XVIIᵉ siècle)
Ce sont les premiers « spécialistes » de la noblesse.
Ils appartenaient à la maison du roi.
Ils s’occupaient des blasons, des titres, des cérémonies et vérifiaient les lignages nobles.

Leur intérêt : 
     - maintenir un ordre social clair,
     - éviter les usurpations de blason ou de titre,
     - organiser les tournois et cérémonies selon le rang

2. Les généalogistes professionnels 
À partir du XVIᵉ siècle, des érudits commencèrent à vivre de la généalogie.
Exemple célèbre : d’Hozier, famille de généalogistes officiels du roi.

Leur intérêt : 
     - réaliser des recherches historiques,
     - produire des preuves de noblesse,
     - être rémunérés par les familles nobles.

3. Les juridictions et administrations royales
Surtout sous Louis XIV (Réformation de la noblesse, 1666–1674).
L’État exigeait des preuves pour conserver les privilèges.
Les nobles devaient fournir quatre, voire huit quartiers de noblesse.

Intérêt du pouvoir : 
     - lutter contre les faux nobles,
     - percevoir davantage d'impôts (les roturiers ne pouvaient pas échapper à la taille)
     - mieux contrôler la société

4. Les ordres militaires et religieux
Par ex. : Saint-Jean de Jérusalem, Saint-Lazare, ordre de Malte.
Ils demandaient des preuves de noblesse pour entrer.

Intérêt : préserver le prestige et la pureté de l’ordre.

5. Les familles nobles elles-mêmes
Elles faisaient réaliser ou conserver :
     - arbres généalogiques,
     - livres de raison,
     - cartulaires familiaux,
     - arbres généalogiques.

explications :       contenu                         but                                   qui
Livre de raison :  journal familial et comptes - garder la mémoire et gérer les biens -  familles nobles, bourgeoises.
Cartulaire :  copies d'actes, chartes, titres     -   prouver droits et propriétés        -           abbayes, seigneurs, villes

Intérêts :
     - prouver leur ancienneté et leur prestige,
     - justifier des alliances matrimoniales,
     - gérer des successions ou des droits seigneuriaux.


En résumé

Les arbres généalogiques de la noblesse étaient établis par des hérauts d’armes, des généalogistes professionnels, des administrations royales, des ordres militaires/religieux, et les familles nobles elles-mêmes, principalement pour :
  • prouver leur noblesse,
  • défendre leurs privilèges,
  • éviter les usurpations,
  • affirmer leur prestige social.

Monique Biau

jeudi 8 janvier 2026

La Sorcière de la Récuquelle 

Quand le feu de la peur brûlait à Labruguière

La Récuquelle

Une histoire oubliée du Tarn

Aux confins de la Montagne Noire, près de Labruguière, dans le petit hameau de La Récuquelle, la rumeur raconte qu’une femme fut jadis livrée aux flammes.
Nous sommes en 1485, à la fin du Moyen Âge. 

L'histoire de Péronne Bachème, celle que l’histoire retiendra sous le nom de la sorcière de la Récuquelle.


Péronne Bachème : de guérisseuse à sorcière

Née vers 1450 à Burlats, Péronne s’installe à Labruguière après son mariage. Devenue veuve, elle vit modestement et soigne les habitants avec des remèdes à base de plantes, des décoctions et des prières.
Mais à cette époque, la frontière entre guérisseuse et sorcière est mince.

Quand une épidémie frappe le village et que quelques bêtes meurent mystérieusement, les soupçons se tournent vers elle. On murmure qu’elle parle seule la nuit, qu’elle connaît trop bien les plantes, qu’elle « fait des poudres ».


Le procès de 1485

Les archives du Tarn conservent le récit glaçant de son procès, mené par la justice seigneuriale sous l’autorité d’Antoine de Lautrec et du coseigneur de la Récuquelle, Jean Dalyère.

  • 15 mars 1485 : Péronne est arrêtée.

  • 3 et 4 mai : premiers interrogatoires, souvent sous la torture.

  • 6 juin : ses biens sont saisis et mis sous scellés.

  • 29 juillet 1485 : elle est condamnée à être brûlée vive au carrefour de la Récuquelle, accusée d’avoir pactisé avec le Diable.

Le rouleau du procès  : (cote E 187 aux Archives départementales du Tarn


La Récuquelle : un lieu marqué par la mémoire

Aujourd’hui encore, le lieu-dit de La Récuquelle existe, au sud de Labruguière.
Rien ne signale plus le bûcher d’autrefois, les archives locales évoquent qu’une croix se serait jadis dressée à l’endroit du supplice. Elle aurait disparu au XIXᵉ siècle lors du remembrement des chemins ruraux.


Une histoire de peur et d’oubli

L’affaire de la sorcière de la Récuquelle n’est pas unique. Entre le XVe et le XVIIe siècle, des centaines de femmes furent accusées de sorcellerie en Languedoc.
Elles étaient souvent guérisseuses, sages-femmes ou simples marginales.
Leur savoir faisait peur ; leur indépendance dérangeait.

Péronne Bachème, comme tant d’autres, a payé le prix de cette peur collective.


À chaque visite à Labruguière, en longeant les chemins qui mènent à la Récuquelle, on peut imaginer la silhouette d’une guérisseuse aux mains pleines d’herbes, regardant le ciel du Tarn et murmurant :

« Ce n’est pas moi qu’il faut brûler, mais votre peur. »

Elle avait des enfants, peut-être êtes vous un de ses descendants ? 

Ils portent le nom de son mari : Galibert

 

 

Monique Biau

mardi 9 décembre 2025

des ancêtres aux quatre coins du monde


De la terre tarnaise aux cinq continents : la fabuleuse descendance d’un couple de 1794

Il est des histoires familiales qui forcent le respect autant qu’elles éveillent la curiosité. Celle de ce couple de paysans tarnais, marié en 1794, en fait assurément partie. Plus de deux siècles après leur union, leurs rameaux se sont multipliés au point de former une véritable forêt généalogique : plus de 3 200 descendants, dont près de 2 800 encore vivants aujourd’hui.

Des racines bien ancrées, des branches qui s’envolent

L’histoire commence dans une petite commune du Tarn, au cœur de la Révolution française. Deux jeunes gens s’unissent, sans imaginer que leur postérité s’étendra bien au-delà des collines qu’ils cultivaient.

Aujourd’hui, un tiers des descendants vit encore dans la région d’origine, perpétuant ce lien discret mais tenace avec la terre des ancêtres. Un autre tiers s’est établi en région parisienne, reflet de l’exode rural et de la modernisation du XXᵉ siècle. Le dernier tiers, enfin, est éparpillé à travers la France et les cinq continents. Des branches en Australie, au Canada, en Afrique, en Amérique du Sud ou au Moyen-Orient — la diaspora familiale a pris le large.

Une mosaïque de destins

Dans cette immense parentèle, presque toutes les professions sont représentées. On y trouve des ouvriers et des ingénieurs, des paysans restés fidèles à la terre, des enseignants, des artistes, des médecins, des chercheurs… mais aussi quelques figures plus singulières.

Ainsi, l’un des descendants fut ministre du Shah d’Iran, témoin d’une époque mouvementée de l’histoire perse. À l’autre extrémité du spectre social, une prostituée (et voilà que l'on retrouve l'aïeul et sa maison close !)  a, elle aussi, laissé sa trace dans les registres. Et entre ces deux vies si différentes, l’histoire d’un bagnard condamné pour avoir refusé de prendre les armes en 1914, à une époque où l’objecteur de conscience n’existait pas encore dans le droit français.

Qu’ils soient restés dans le Tarn ou qu’ils aient traversé les océans, qu’ils aient connu la gloire, la misère ou la simplicité du quotidien, tous partagent un même héritage, celui de deux anonymes de 1794.

Monique Biau

mercredi 19 novembre 2025

 QUI VOLE UN MOUTON…AURA L’OREILLE TRANCHÉE!

Décision de justice en 1375, Bastide de Saint Amans au Val Thoret .

« En l’an de grâce 1375, le 11 mai, sous le règne du très illustre Roi de France, Charles, Sachent tous, présents et à venir, qu’un homme du nom de Jean MARTIN des Mas vola un mouton appartenant à Jacques LE TISSERAND, Bastide de Saint Amans au Val Thoret, du Diocèse de Lavaur, habitant au lieudit Venès, dans la juridiction de la dite Bastide, l’enleva, l’écorcha et le découpa en de nombreux morceaux, qu’il mit dans un sac et qu’il s’en alla avec le dit sac, comme on l’a dit.

Ensuite il fut découvert et arrêté dans la juridiction de ladite Bastide par les agents du Seigneur notre Roi, comme il a été dit alors qu’il portait les pièces de mouton dans son sac.

Maître BERNARD, notaire ordinaire…de ladite Bastide transmet l’information de ce qui précède comme dit, puis en vertu de la commission qui lui est délivrée par le vénérable et sage magistrat VILLELONGI rendit son jugement en vertu duquel le condamné s’enlèverait une oreille et la fixerait sur un pal planté dans la juridiction de la dite Bastide, dans un endroit appelé … les Espelits au-dessus de la carrière, puis chassant cet homme de la dite Bastide à perpétuité.     

Que le même jour , Jean MARTIN…comme l’attestent les secrétaires de moi, notaire, en leur présence vue et audience, présenta son oreille coupée et la fixa sur le présent pal avec un clou.

De tout ce qui en a été dit ci-dessus, en particulier et en général, Jean COMBESC, gouvernant le bailliage de ladite curie en vertu de l’autorité royale me requiert moi notaire d’en dresser écrit pour la justice royale et d’en publier un ou plusieurs actes si nécessaires ; lecture en fut faite dans la juridiction de ladite Bastide au lieu-dit… les Espelits à la carrière publique en présence des témoins : Jean CAYSSE, Pierre CAVARDÈS, Raymond GUILET, du jeune Jean BOSCASSA, fils de Pierre BOSCASSA, de Jean PONS et de Jean AMALRY du lieu de Saint Amans au Val Thoret, de Jean ALQUIER, d’Etienne RICARD, de SAUVETERRE, de GUILLAUME, chapelain…et de plusieurs autres de ladite Bastide et de moi-même Guillaume GAILLARD, notaire public de ladite bastide en vertu de l’autorité royale, requis de publier ce jugement royal, j’en ai établi des actes publics, un ou plusieurs, si nécessaires et je l’ai revêtu de mon sceau en confirmant les témoignages des susdits. »

Texte proposé par Anne Cousinié

Sources : archives privées. Ceci est la transcription d’un parchemin écrit en bas latin. La traduction en a été faite par M.P. LESAVRE.