La Sorcière de la Récuquelle
Quand le feu de la peur brûlait à Labruguière
Une histoire oubliée du Tarn
Aux confins de la Montagne Noire, près de Labruguière, dans le petit hameau de La Récuquelle, la rumeur raconte qu’une femme fut jadis livrée aux flammes.
Nous sommes en 1485, à la fin du Moyen Âge.
L'histoire de Péronne Bachème, celle que l’histoire retiendra sous le nom de la sorcière de la Récuquelle.
Péronne Bachème : de guérisseuse à sorcière
Née vers 1450 à Burlats, Péronne s’installe à Labruguière après son mariage. Devenue veuve, elle vit modestement et soigne les habitants avec des remèdes à base de plantes, des décoctions et des prières.
Mais à cette époque, la frontière entre guérisseuse et sorcière est mince.
Quand une épidémie frappe le village et que quelques bêtes meurent mystérieusement, les soupçons se tournent vers elle. On murmure qu’elle parle seule la nuit, qu’elle connaît trop bien les plantes, qu’elle « fait des poudres ».
Le procès de 1485
Les archives du Tarn conservent le récit glaçant de son procès, mené par la justice seigneuriale sous l’autorité d’Antoine de Lautrec et du coseigneur de la Récuquelle, Jean Dalyère.
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15 mars 1485 : Péronne est arrêtée.
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3 et 4 mai : premiers interrogatoires, souvent sous la torture.
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6 juin : ses biens sont saisis et mis sous scellés.
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29 juillet 1485 : elle est condamnée à être brûlée vive au carrefour de la Récuquelle, accusée d’avoir pactisé avec le Diable.
Le rouleau du procès : (cote E 187 aux Archives départementales du Tarn)
La Récuquelle : un lieu marqué par la mémoire
Aujourd’hui encore, le lieu-dit de La Récuquelle existe, au sud de Labruguière.
Rien ne signale plus le bûcher d’autrefois, les archives locales évoquent qu’une croix se serait jadis dressée à l’endroit du supplice. Elle aurait disparu au XIXᵉ siècle lors du remembrement des chemins ruraux.
Une histoire de peur et d’oubli
L’affaire de la sorcière de la Récuquelle n’est pas unique. Entre le XVe et le XVIIe siècle, des centaines de femmes furent accusées de sorcellerie en Languedoc.
Elles étaient souvent guérisseuses, sages-femmes ou simples marginales.
Leur savoir faisait peur ; leur indépendance dérangeait.
Péronne Bachème, comme tant d’autres, a payé le prix de cette peur collective.
À chaque visite à Labruguière, en longeant les chemins qui mènent à la Récuquelle, on peut imaginer la silhouette d’une guérisseuse aux mains pleines d’herbes, regardant le ciel du Tarn et murmurant :
« Ce n’est pas moi qu’il faut brûler, mais votre peur. »
Elle avait des enfants, peut-être êtes vous un de ses descendants ?
Ils portent le nom de son mari : Galibert
Monique Biau
Les hommes de cette époque ne voulaient pas que les femmes aient le moindre pouvoir . Celui de guérir particulièrement, souvent avec plus de réussite que les médecins, parce qu'elles ne mélaient pas le religion dans leur savoir, était redouté par les autorités.
RépondreSupprimerMerci pour ce rappel détaillé de son malheureux parcours. Toujours très intéressant.
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